Les 193 pays signataires de la Convention sur la diversité biologique ont prévu de se fixer de nouveaux objectifs d'ici à 2020 à l'occasion de la conférence internationale prévue en octobre à Nagoya. Nouvelle utopie ou réel engagement ?
En 2002, les pays signataires de la Convention sur la diversité biologique (CDB) ont adopté un plan stratégique, avec la mission ''d'assurer d'ici 2010 une forte réduction du rythme de perte de diversité biologique aux niveaux mondial, national et régional''. L'année 2010 est arrivée et avec elle la déception : ''aucun pays n'a réussi à atteindre cet objectif'', a constaté Ahmed Djoghlaf, secrétaire exécutif de la CDB à l'occasion du lancement hier à Paris de l'Année Internationale de la Biodiversité par l'Unesco. ''Cet objectif était ambitieux mais il n'a pas été traduit au niveau national de chaque pays et on n'a pas mis les moyens nécessaires'', explique-t-il.
Selon les premiers enseignements du prochain rapport de la CDB qui sera publié en mai et qui s'inspire des bilans nationaux fournis par les pays signataires, les cinq principales pressions à l'origine de la perte de biodiversité restent constantes voire gagnent en intensité : réduction de l'habitat, surexploitation, pollution, espèces envahissantes et changement climatique. Selon l'Union internationale pour la conservation de la nature (UICN), les derniers chiffres de la liste rouge des espèces menacées en France le montrent : 1 espèce d'oiseaux sur 4, 1 espèce d'amphibiens et de reptiles sur 5 ou encore 1 espèce de mammifères sur 10 risquent de disparaître en France métropolitaine par exemple tandis que l'outre-mer subit 49 des 100 espèces considérées comme les plus envahissantes au monde.
Mais selon Julia Marton-Lefevre, directrice générale de l'UICN, ''il ne faut pas passer l'année à pleurer mais aller plus loin et fixer des objectifs plus ambitieux''. C'est ce que comptent faire les Nations Unies à l'occasion de la prochaine Conférence de la Convention prévue en octobre à Nagoya au Japon. Un plan stratégique 2011-2020 est en cours d'élaboration et pourrait être adopté à cette occasion. Une fois ces objectifs fixés, les pays devront mettre à jour leur Stratégie nationale pour la biodiversité. Des indicateurs, absents jusqu'à maintenant, pourraient également être mis en place pour mesurer les progrès réalisés mais aucune sanction n'est prévue en cas de non atteinte des objectifs.
L'Union européenne s'apprête à définir sa position. La Commission a ainsi proposé le 20 janvier une perspective à long terme (2050) ainsi que quatre possibilités d'objectif intermédiaire (2020). Le moins ambitieux étant ''ralentir significativement le rythme de perte de biodiversité dans l'UE d'ici à 2020'' et le plus ambitieux ''enrayer la perte de biodiversité d'ici à 2020, assurer le rétablissement des services écosystémiques dans la mesure du possible et renforcer la contribution de l'UE à la prévention de la perte de biodiversité''. Les Etats membres et la Parlement européen vont devoir prendre position d'ici la fin de l'année.
En attendant ces avancées politiques, les différents acteurs appellent à la mobilisation et surtout à la prise en main de cette problématique par tous les pays jusqu'au niveau local. ''Il va falloir faire beaucoup de communication car les élections ne se jouent pas sur une demande de biodiversité mais encore bien souvent sur une demande de route'', prévient Chantal Jouanno, la secrétaire d'Etat à l'écologie.
Florence Roussel
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